Le monstre (du latin monstrum : « prodige », « avertissement des dieux ») occupe dans la peinture d’Europe du Nord une place de premier choix. Depuis le Moyen Âge, les artistes nourris de fables bibliques et profanes élaborent des êtres démoniaques qui à la fois effraient, avertissent le spectateur contre les dangers de l’hybris, mais peuvent aussi faire rire ou susciter une pieuse méditation. À la Renaissance, les démons-poissons de Martin Schongauer, les grylles de Jérôme Bosch et, plus manifestement encore, les créatures tout à fait étranges de Bruegel l’Ancien, en partie inspirées des « merveilles » du Nouveau Monde, élargissent les frontières d’un imaginaire du monstrueux en constante évolution, dont les significations ne sont plus seulement négatives ou moralisantes.
Docteur en histoire de l'art, Angèle Tence est spécialiste de l'art de la Renaissance diplômée de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Elle a notamment travaillé sur la figure de l'ange rebelle dans la peinture européenne du XV-XVIIIème siècle.