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 La Maison Rouge accueille l’exposition : « l’esprit français, contre culture, 1969-1979 ». Celle-ci propose de renverser la culture, au sens propre comme au figuré et d’imaginer un art éloigné de la grande Histoire officielle. Au sein de l’exposition, le visiteur entre en effet en contact avec une « contre-culture » qui s’avère en vérité très populaire. Pendant quatre années, les deux commissaires d’exposition, Guillaume Désanges et François Piron ont fouillé archives et documents pour mettre en lumières les artistes de la contre-culture des sixties et eighties. Un travail colossal questionnant l’importance de la contre-culture, synonyme d’une liberté d’expression mais aussi miroir d’une situation sociale et scientifique. 
Bien que l’exposition concerne les années 1969-1989, les interrogations qu’elle soulève semblent s’étendre à l’époque contemporaine. En effet, si aujourd’hui la culture officielle se targue d’exposer Vermeer ou Valentin de Boulogne, en coulisse, la culture « populaire » est bien celle des réseaux sociaux, de la transparence outrancière et de la virtualité. 
L’audace de l’exposition de la Maison Rouge est en outre de montrer une sélection d’œuvres d’artistes « trash », comme le performeur-scato Jean-Louis Costes afin que le public s’interroge sur le sens du mot « culture » et intègre l’intensité créative de ces décennies. L’institution fait le choix ici, une fois n’est pas coutume, de montrer ce qui dérange, à savoir : ce qui plaît mais que personne n’avoue aimer. On glisse sur le terrain de l’émotion et de la passion plutôt que de l’intellectualisation. Adieu jugements et apparences, la contre-culture est assumée et sublimée. 
L’exposition nous pousse à nous interroger sur la notion de culture : sa définition, son champs d’action. A travers les couloirs de la Maison Rouge le visiteur est invité à repousser les limites de l’art, oubliant les dogmes et les préjugés. La culture n’est-elle pas celle qui rassemble ? Qui tend à l’universalité plutôt qu’à la stigmatisation ?
Guillaume Désanges et François Piron ont donc écrasé l’idée de « culture » par la contre-culture pour finalement ouvrir le champ culturel vers des horizons oubliés, négligés, inavoués. 
Il faut admettre que cette exposition était un pari risqué. Elle met en lumière une époque emblématique, durant laquelle la jeunesse revendique une liberté sexuelle, le corps devient un outil d’expérimentations et l’on assiste à un néo-hygiénisme où les fluides du corps font l’objet d’interprétations. La beauté s’apprécie avec d’autant plus de subjectivité !

Lorraine PIPART