du 15 mars au 25 mai 2014 Pour sa nouvelle exposition à la galerie Eric Dupont, Pascal Convert présente deux séries d'oeuvres qui questionnent l'équation mystérieuse entre sacrifice, sacrilège et sacré.

Teaser galerie dupont pascal convert

Sacrées en tant que représentations de la figure divine et en tant qu'oeuvres d'art, des sculptures anciennes
du Christ, en ronde bosse et d'échelle quasi humaine, ont eu a subir un opération sacrificielle de
cristallisation. Olivier Juteau, maître verrier qui réalise les oeuvres en verre de Pascal Convert depuis
plusieurs années, a décrit avec précision le rituel permettant cette opération qui produit une transmutation
du bois en cristal. Description cruelle d'un processus de destruction, description rigoureuse d'une
réinjection du sens.
Trouvez un vieux Christ en bois. Dépoussiérez et brossez la surface du bois. Enlevez les rebouchages
douteux effectués lors des restaurations précédentes. Purgez tous les apprêts faits au plâtre. Retirez toutes
les parties métalliques en les recherchant en promenant un aimant sur le corps du Christ. Rebouchez à la
cire les trous indésirables et au besoin complétez avec de la cire les parties manquantes. Positionnez les
jets d'alimentation en cire et les évents en cire. Montez au pinceau une première couche de plâtre
réfractaire pour bien prendre tous les détails. Installez l'armature métallique devant contenir la pression du
verre liquide. Coffrez l'ensemble et coulez le moule réfractaire autour du Christ. Après 48 heures et après
décoffrage, enfournez parfaitement à l'horizontale. Disposez dans le four et au-dessus du moule les
procédés d'alimentation en verre du Christ. Étuvez le moule à 120°C jusqu'à ce qu'il ne dégage plus de
vapeur d'eau. Cuisez jusqu'à 550°C et appréciez visuellement la combustion de l'original en bois. Montez
le four progressivement à une température de 880°C. Dès que cette température est atteinte, commencez à
alimenter en verre. Arrêtez l'alimentation quand le verre ressort par les évents, attention cela se fait
doucement et prend une vingtaine d'heures. Laissez refroidir jusqu'à 580°C et restez-y au moins 48 heures.
Faites refroidir extrêmement progressivement sur une durée d'un mois et demi, jusqu'à la température
ambiante. Sortez le moule du four et commencez à démouler précautionneusement en respectant la volonté
de l'artiste. Consolidez si nécessaire avec de la résine les parties du plâtre réfractaire trop tendres que
l'artiste souhaite conserver autour. Réparez les fissures inévitables, rebouchez certains manques si besoin.
Brossez la surface de la sculpture. Patinez l'ensemble.
Cette terrible recette décrit ce qui peut ressembler à une "paisible tuerie" (1), mais au sentiment initial
d’effroi face à ce geste iconoclaste décisif succède, devant l'oeuvre, l'impression de se trouver devant le
fantôme persistant d'"une mer de cristal mêlée de feu (2).
L'horreur, l'horreur de la divine pauvre chair humaine martyrisée, apparaît autrementdans la seconde
oeuvre présentée. Aux murs, des diptyques en verre bleu gravé s'ouvrent comme des pages de livre géantes
sur lesquelles court une étrange écriture manuscrite. Les textes en sont extraits d'un ensemble de huit
cahiers écrits en yiddish à l'encre bleue, dans la région de Kielce en Pologne entre 1942 et 1944, et titrés
Treblinka. Comme l'écrit l'auteur, rescapé de Treblinka, "les témoignages à apporter sont tellement
nombreux qu'il n'est pas possible de les rapporter, même oralement". Ici, quelques fragments malgré tout
(3).
Au fond de la galerie, comme un rappel du questionnement de Pascal Convert sur trois images, trois
icônes de presse (Pietà du Kosovo, Madone de Bentalha, Mort de Mohamed Al Dura), un visage de femme
englouti dans une masse de verre hurle un cri gelé désespérément inaudible…

1. Georges Bataille dans son article de Documents à propos de l'Apocalypse de Saint-Sever.
2. L'Apocalypse de Jean, 15, 2.
3. En écho au titre de Georges Didi-Huberman, Des images malgré tout.

(Communiqué Galerie Eric Dupont)