Paul Rosenberg fait partie des rares marchands d’art dont le nom est intimement lié à celui d’Henri Matisse, de Pablo Picasso ou de Georges Braque. L’exposition-événement du musée Maillol retrace aujourd'hui sa vie : celle de sa collection et de sa galerie.

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Dès le début du parcours de visite, le ton est donné. Nous sommes en 1918 et parmi les premières oeuvres à s’offrir à nos yeux, se trouve le portrait de Madame Rosenberg et sa fille (la mère d’Anne Sinclair si vous avez tout suivi) :  Picasso l'offre à Paul Rosenberg pour fêter leur nouvelle collaboration. 
Au fil des salles, le visiteur sera en effet frappé par le lien amical et intime que le marchand d’art a su lier avec ses artistes, tout en leur imposant un rythme de production intense. La liberté avec laquelle Paul Rosenberg s'adresse à Picasso dans ses lettres (tour à tour « Cher Pic » ou « Cher Asso ») ou encore le ton amical de ses échanges avec Matisse en disent long. Pourtant, si Picasso, Braque ou encore Fernand Léger signent rapidement avec Rosenberg, Matisse attend 20 ans pour le rejoindre. Nous sommes arrivés en 1936, avec sous nos yeux La leçon de piano (1923). 

Si le visiteur vient avant tout découvrir les chef-d'oeuvres de l'art moderne, il est rapidement fasciné par la figure de Paul Rosenberg. Après avoir été déchu de la nationalité française durant la seconde guerre mondiale, ce passionné d'art découvre en effet la disparition de sa collection, spoliée par le régime nazi pendant son exil aux Etats-Unis. Il consacrera le restant de sa vie à réunir ses oeuvres. 

En 1940 le réveil est en effet brutal. La galerie du 21 rue La Boétie ferme ses portes - elle est occupée par L’Institut d’études des questions juives dès 1941. Les oeuvres visionnaires de Van Gogh, Cézanne ou Picasso font place à celles de l’exposition de 1937 consacrée à L’Art Officiel allemand prôné par les nazis, contrepoint de l'exposition sur L’art « dégénéré ». 

Le musée Maillol retrace ainsi ainsi le parcours (souvent du combattant) d’une oeuvre, spoliée, rachetée, redécouverte et finalement rendue à son propriétaire d’origine. C’est le cas notamment de Profil bleu devant la cheminée de Matisse qui passa par les mains du peintre, de Paul Rosenberg, puis des des nazis en 1941 _ ils mettent la main sur le coffre fort du marchand à Libourne _ et finalement celles d’un norvégien amateur d’art après la guerre. Nous sommes en 2012 et après avoir découvert le tableau dans le Centre d’Art Henie-Ostad (HOK, à Oslo) le tableau est enfin restitué à la famille Rosenberg. 

L’exposition s'achève comme elle avait commencé : un portrait de famille. Mais le peintre a changé : Marie Laurencin nous dévoile le portrait de la petite fille de Paul Rosenberg : Anne Sinclair, dont le livre "21 rue de la Boétie" a permis au musée de restituer l'histoire d'une vie hors du commun. Nous sommes donc revenus en 2017…
Maud Luca.